Comme nous le voyons dans la partie Fonctionnement corps-émotions, nos émotions nous permettent de nous adapter à notre environnement. La perception de ce dernier va dépendre de notre vécu émotionnel et va ainsi conditionner notre santé physique.
Nous allons donc étudier quels éléments vont conditionner notre vécu émotionnel.
- L’éducation
- Vécu réel, symbolique et virtuel
- Expériences et traumatismes
- Mémoires transgénérationnelles
- Comportement et projet sens des parents avant la conception
- Vie intra-utérine
- Petite enfance
- Comment agir?
L’éducation
Notre éducation influence fortement la façon dont nous interprétons notre environnement et attribuons une valeur positive ou négative aux situations. Ces schémas sont souvent inconscients et difficiles à remettre en question, car ils font partie de notre construction personnelle.Cependant, il est essentiel de développer un esprit critique : ce qu’on nous a appris n’est pas toujours vrai ou universel. Dans la nature, il n’existe effectivement pas de notions morales absolues comme le « bien » ou le « mal » – ce sont des constructions culturelles.
Par exemple, si toute votre vie, on vous a dit que la terre est plate, vous croirez dur comme fer qu’elle est effectivement plate. Et en l’occurrence, bien que certains en émettent encore l’hypothèse, il semble bien que ce ne soit pas le cas!
De même, si on vous a toujours dit qu’il ne faut pas mettre ses coudes sur la table quand on mange, vous n’accepterez pas facilement que quelqu’un le fasse. Et pourtant, ce ne sont que des codes sociaux qui n’entraînent pas de danger pour la survie de l’individu.
Un scepticisme scientifique sain nous invite à questionner nos croyances, sans pour autant rejeter ce qui n’est pas encore prouvé.
Pour aller plus loin: Du scepticisme scientifique
Pour aller plus loin: Le conditionnement et ses conséquences sur l’immunité
Vécu réel, imaginaire, symbolique et virtuel
Comme vu dans Fonctionnement corps-émotion, notre cerveau émotionnel réagit de manière similaire à des menaces réelles, imaginées, symboliques ou virtuelles, car elles activent partiellement les mêmes circuits neuronaux (amygdale, axe du stress). Il ne les traite pas identiquement, mais les réponses physiologiques (cœur qui bat, cortisol) peuvent être comparables.
Pour aller plus loin: Gestion du stress pour comprendre les capacités de transformation du cerveau.
Pour illustrer cela, il est intéressant de parler des recherches d’Elizabeth Loftus[1] (en 1974). Cette dernière a mis en évidence la possible modification de la mémoire en implantant de faux souvenirs chez des sujets (par exemple, en leur créant le souvenir d’avoir vu Bugs Bunny à Disneyland après la lecture d’un faux texte incluant le personnage et d’un questionnaire influençant le sujet, alors que ce dernier est un personnage de la Warner Bros). Daniel Schacter[2] explique ce phénomène par le fait que le cerveau distingue difficilement les souvenirs mémorisés et l’imagination. Dans les deux cas, les mêmes zones du cerveau sont activées.[3]
Le cerveau traite les ruminations passées ou les anticipations futures comme des menaces présentes, déclenchant potentiellement une réponse de stress.
Dans la nature, les principales situations de dangers réels pour la survie sont les suivantes:
- Non satisfaction des besoins vitaux (respirer, manger, boire, se reproduire)
- Atteinte de l’intégrité physique (agression)
- Abandon ou perte de protection (de la part du clan, des parents,…)
- Perte de territoire
- Incapacité à réaliser une action ou un déplacement
- Mauvaise identification de son environnement (présence ou non d’un danger)
De manière symbolique ou virtuelle, ce sont des thématiques que nous allons retrouver dans nos différents états de stress.
Expériences et traumatismes
Certaines périodes critiques favorisent les empreintes émotionnelles fortes, parfois refoulées car trop intenses pour la conscience à ce moment-là.
- Mémoires transgénérationnelles
La psychogénéalogie met en évidence la répercussion des traumatismes familiaux sur la descendance. Elle a été largement abordée par Anne Ancelin Schutzenberger (1919-2018), psychanalyste et professeur émérite de l’Université de Nice.
La psychogénéalogie explore comment les traumatismes familiaux non résolus influencent les générations suivantes, via des patterns comportementaux et des récits familiaux. Des recherches en épigénétique montrent des effets limités chez les mammifères (ex. : stress prénatal modifiant l’expression génique chez la descendance), mais ces transmissions ne sont ni systématiques ni déterministes.[4] L’environnement des parents a un réel impact sur leur descendance sans pour autant « programmer » le destin émotionnel .[5][6][7]
Pour aller plus loin: Psychogénéalogie et transgénérationnel: les transmissions familiales de traumatismes
- Comportement et projet sens des parents avant la conception[8]
La recherche [9][10][11] révèle que, dans les mois qui précèdent la conception d’un enfant, les futurs parents jouent le rôle d’ingénieur génétiques pour leurs enfants à venir. Dans la phase de maturation finale d’un ovule et d’un spermatozoïde, le processus appelé empreinte génomique règle l’activité de groupes de gènes spécifiques qui formeront le caractère de l’enfant avant la conception. Selon ces recherches, ce qui se passe dans la vie des futurs parents pendant le processus d’empreinte génomique affecte profondément l’esprit et le corps de l’enfant à venir. C’est aussi le cas pour la nutrition des parents autour la phase de conception.[12]
Dans Pre-Parenting: Nurturing Your Child from Conception (Avant de devenir parent: soigner son enfant dès la conception), Thomas Verny [13] écrit: « il y a une différence entre être conçu dans l’amour, dans la haine ou en vitesse, et le fait que la mère veuille ou non tomber enceinte… Les parents réussissent mieux lorsqu’ils vivent dans un milieu calme, stable et libre d’accoutumances, et qu’il sont soutenus par la famille et les amis ».
A contrario, il a été mis en évidence que les comportements agressifs avaient notamment une origine héréditaire. [14]
De plus, selon certains psychothérapeutes, il semblerait que les parents portent un projet inconscient pour leurs enfant avant leur naissance, un « projet-sens », qui aura une influence sur l’enfant à venir. « Mon enfant sera un grand footballeur », « mon enfant réussira là où j’ai échoué », « mon enfant permettra de créer du lien au sein de ma famille »,… Il peut s’avérer que ces projets-sens, bien qu’inconscients, soient difficiles à porter pour l’enfant qui n’a peut-être pas le même projet de vie que celui que ses parents ont pour lui.[15]
- Vie intra-utérine[16]
Il existe une foule de recherches documentant l’importance de l’attitude des parents dans le développement du fœtus, une fois qu’il est conçu. Verny écrit: « Le poids de la preuve scientifique qui a vu le jour au cours de la dernière décennie (2002) nous force à réévaluer les capacités mentales et émotionnelles de l’enfant à naître. A cet effet, les études montrent que, pendant l’éveil ou le sommeil, l’enfant à naître est constamment à l’affût des actions, des pensées et des sentiments de la mère. Dès la conception, l’expérience dans l’utérus forme le cerveau et établit les fondements de la personnalité, du tempérament émotif et de la puissance de la pensée supérieure. »
A noter que la mère et le père font équipe dans l’aventure de la conception et de la grossesse, même si c’est la mère qui porte l’enfant. La responsabilité du père est aussi importante que celle de la mère pour favoriser la santé, l’intelligence, le potentiel et la joie des enfants.[17]
Ces influences sont importantes, mais réversibles en grande partie par un environnement postnatal favorable.
- Petite enfance[18]
Un enfant ne peut pas contrôler ses émotions. Ce n’est pas parce qu’il ne veut pas ou ne sait pas, il ne peut pas. Ses structures et réseaux cérébraux ne sont pas encore suffisamment fonctionnels. Il rencontre des tempêtes émotionnelles, des peurs incontrôlées, de véritables angoisses, de très grands chagrins…
En-dessous de 5-6 ans, l’enfant a des impulsions et des émotions qu’il contrôle difficilement car la partie qui les contrôle commence à mûrir entre 5 et 7 ans.
Ensuite, il contrôle un peu mieux ses émotions, il comprend leurs causes et sait les surmonter. Si l’entourage a été suffisamment bon, l’enfant sait contrôler ses émotions à partir de 6-7 ans.
Chez l’enfant, le cortex préfrontal (Cf. Fonctionnement corps-émotion) n’est pas fonctionnel. La maturation est achevée à l’âge adulte. C’est l’environnement qui permet cette maturation.
Les enfants ne font pas des caprices, ils n’ont pas de troubles pathologiques du développement. Leur comportement «inacceptable» est seulement le résultat de l’immaturité normal du cerveau.
L’enfant reçoit les émotions de plein fouet, sans filtre et n’a pas la possibilité de s’apaiser seul. Si on le laisse seul avec ses émotions (peur, chagrin, angoisse), les molécules de stress (adrénaline, cortisol) vont être sécrétées ; molécules très nocives pour un cerveau en développement.
Ainsi, un traumatisme subi dans la petite enfance, alors que le cerveau n’est pas capable de moduler les peurs, va ainsi s’ancrer plus facilement et avoir des répercussions sur la vie et le comportement de l’individu.[19]
Comment agir ?
Deux éléments importants vont être à prendre en compte pour modifier notre santé émotionnelle:
- Environnement familial et professionnel: dans cette partie nous allons voir l’importance du réseau social.
- Gestion du stress: nous allons ici voir comment moduler nos perceptions.
[1] Loftus Elizabeth (1944- ), psychologue cognitiviste américaine de l’Université d’Irvine (USA).
[2] Schacter Daniel (1952- ), psychologue et professeur de l’Université d’Harvard.
[3] Je me souviens donc je me trompe, Documentaire Arte France, Scientifilms, CNRS Images, 2016
[4] Héritage transgénérationnel: comment les impacts sur l’information épigénétique et génétique des parents affectent la santé de la progéniture, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31374565/ (traduction française)
[5] Héritage épigénétique environnemental par les gamètes et implications pour la reproduction humaine, 2014, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25416302/ (traduction française)
[6] Héritage épigénétique environnemental par les gamètes et implications pour la reproduction humaine, 2015, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25416302/ (traduction française)
[7] Héritage transgénérationnel des altérations épigénétiques induites par l’environnement au cours du développement des mammifères, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31816913/ (traduction française)
[8] Bruce H. Lipton, Ph. D., Biologie des croyances, Ariane, 2015, p.218
[9] Wolf Reik & Jörn Walter, Empreinte génomique: influence parentale sur le génome, Nature, 2001, URL: https://www.nature.com/articles/35047554
[10] M. Azim Surani, Reprogrammation de la fonction du génome par héritage épigénétique, Nature, 2001, URL: https://www.nature.com/articles/35102186
[11] Empreinte génomique et ses effets sur la croissance postnatale et le métabolisme adulte, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31270580/ (traduction française)
[12] Nutrition periconceptionnelle maternelle et paternelle comme indicateur du risque de syndrome métabolique chez la progéniture plus tard dans la vie grâce à l’empreinte épigénétique: une revue systématique, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28533070/ (traduction française)
[13] Thomas R. Verny est psychiatre, écrivain et universitaire. Il a précédemment enseigné à l’Université Harvard, à l’Université de Toronto, à l’Université York, à Toronto, à l’Université St. Mary’s, à Minneapolis, Minnesota et au Santa Barbara Graduate Institute.
[14] Génomique de l’agression humaine: état actuel des études pangénomiques et outil d’analyse systématique automatisé, 2019, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31464998/ (traduction française)
[15] Savez-vous à quoi correspond Projet-Sens?, êtreparents, 2022, URL: https://etreparents.com/savez-vous-a-quoi-correspond-projet-sens/
[16]Idem 8.
[17] Programmation métabolique et cardiovasculaire paternelle de leur progéniture: un examen systématique de la portée, 2020, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33382823/ (traduction française)
[18] Conférence Catherine Gueguen, Les neurosciences et le développement de l’enfant, URL: https://vimeo.com/117247370
[19] Effets de l’environnement social et du stress sur la méthylation des gènes des récepteurs des glucocorticoïdes: une revue systématique, 2016, URL: https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25687413/ (traduction française)